07/01/2018 News

Les prémices du CHAN

Les prémices du Chan 1

Bien avant que le Championnat d’Afrique des nations Total ne naisse en 2008 et ne devienne cette compétition amplement suivie par le continent africain puis officiellement reconnue par la FIFA, la sélection du Cameroun a semé la graine en proposant des matchs régionaux. C’était à la fin des années 1980, sous l’impulsion de Claude Le Roy.

 

7 février 2016. Stade Amahoro, au Rwanda. Les télévisions sont branchées, le stade blindé, les 20 000 supporters ultra motivés, l’ambiance assurée. En cette fin d’après-midi dominicale, la République démocratique du Congo défie le Mali en finale de la quatrième édition du Championnat d’Afrique des nations Total. Et pour le continent, qui voit finalement la RD Congo s’imposer 3-0 (son deuxième titre, un record), l’événement est considérable. « Cette compétition révèle de plus en plus d’importance, s’enthousiasme Claude Le Roy, sous-entendant que cela n’a pas toujours été forcément le cas. La preuve, c’est qu’elle est désormais comptabilisée par la FIFA pour le classement des nations. La logistique, les infrastructures, le niveau, l’intérêt… Tout prend davantage d’ampleur au fil des années. Il était temps. C’est ce pour quoi je me bats depuis des décennies ! » Créé en 2008 par Issa Hayatou, le président de la Confédération africaine de football, ce tournoi exclusivement réservé aux joueurs évoluant dans leurs propres pays a mis du temps à être véritablement reconnu. Surtout, il aurait dû naitre bien avant. Car comme le fait comprendre Claude Le Roy, spécialiste du football africain, l’idée a en fait été envisagée il y a très longtemps. 

 

 

Claude Le Roy 1

 

 

Petit retour en arrière. Ancien entraîneur d’Amiens puis de Grenoble, Claude Le Roy traverse les frontières de l’Hexagone pour tenter l’aventure africaine en 1985. Le Cameroun représente le premier pays de l’immense liste des sélections du continent qu’il dirigera (RD Congo, Sénégal, Ghana, Togo…). Et le Français s’investit alors à fond. Son objectif prioritaire : faire grandir le foot africain. « J’ai créé ma première équipe nationale locale en 1986, avec le Cameroun donc. C’est ainsi que j’ai lancé le projet des équipes nationales locales. Le but était de dynamiser ce sport dans ce pays, se souvient l’actuel sélectionneur du Togo. L’organisation était simple : on se promenait dans toutes les provinces à l’intérieur du pays et on lançait des défis aux équipes provinciales. L’équipe nationale locale jouait contre ces sélections provinciales, et chaque match permettait de dénicher un nouveau joueur. C’est le tournoi précurseur du CHAN, finalement. »

 

 

Claude Le Roy 2

 

 

Les conséquences positives se font rapidement sentir. Grâce à cette méthode, le Cameroun découvre des pépites et renforce son effectif en qualité. « C’est comme ça que s’est constituée la base de l’équipe du Cameroun 1990. Celle-là même qui s’est invitée en quart de finale de la Coupe du monde en battant le champion en titre argentin, avec François Omam-Biyik, André Kana-Biyik, Émile Mbouh, Stephen Tataw, Benjamin Massing, Bertin Ebwellé… » Autant d’éléments qui se sont fait connaître lors du tournoi made in Leroy. Raison pour laquelle ce dernier n’a jamais abandonné la perspective d’un CHAN en bonne et due forme. « J’ai toujours répété à Issa Hayatou, qui est devenu président de la CAF en 1988, qu’il fallait qu’on trouve le moyen d’organiser une compétition d’ampleur avec des équipes nationales locales, souligne encore le technicien. Parce que ça redonne forcément un peu de lustre aux championnats nationaux. Qui, d’ailleurs, commençaient à se paupériser à l’époque. On sentait que les grandes équipes traditionnelles, comme le Canon Yaoundé ou le Tonnerre Yaoundé, allaient disparaître de la circulation. Et c’est ce qu’il s’est passé. Au bout d’un moment, ils ne pouvaient plus s’appuyer sur une assise populaire importante. » Voilà pourquoi, au-delà des buts et des belles actions, le CHAN s’avère nécessaire pour le ballon africain. Même s’il aurait pu voir le jour il y a déjà vingt ans.