20/12/2017 News

Tsabedze, l’attraction 2015 du Swaziland

Tony Tsabedze 2

Discret capitaine du tout aussi modeste Swaziland, Tony Tsabedze tente depuis 2003 de placer son pays dans la lumière. Avec patience, humilité et dévouement. Pari réussi en juin 2015.

 

12 juin 2015. Première journée des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations dans le groupe L. Ultra favorite, la Guinée, quart-de-finaliste lors de la dernière CAN, accueille un minuscule pays d’Afrique australe, 162e du classement FIFA : le Swaziland. Et qu’importe si la rencontre est délocalisée au stade Mohammed-V de Casablanca, pour cause d’épidémie d’Ebola : le Syli national entraîné par Luis Fernandez va manger cette contrée coincée entre le Mozambique et l’Afrique du Sud. Mais c’est oublier un peu vite la présence du méconnu Tony Thulani Tsabedze. Profession ? Footballeur. Son statut au sein du Sihlangu Semnikati, le surnom de sa team ? Capitaine. Son poste ? Ailier gauche. Son rôle ? Déjouer les pronostics et inventer des miracles. Chose faite en ce vendredi pré-estival.

 

« J’aurais signé pour un nul… »

 

Ce jour-là, le Swaziland écrit, ni plus ni moins, la meilleure page de son histoire. Tsabedze ouvre d’abord le score au quart d’heure de jeu, puis répond en fin de match à l’égalisation adverse de François Kamano. Endeuillé par la perte de son enfant, Tony, la surprise du jour, renverse toute forme de logique. Même le sélectionneur, Harris Bulunga, se pince pour y croire, après le coup de sifflet final : « Pour être tout à fait honnête, je ne m’attendais pas à gagner en Guinée. J’espérais au mieux le match nul, mais je savais que nous étions sur une bonne dynamique et que nous pouvions faire quelque chose de bien. C’était un match difficile, mais nous avons montré beaucoup de qualités techniques. Nous avons réussi à développer notre jeu. Connaissant la qualité de cette équipe de Guinée et de ses joueurs, j’aurais néanmoins signé pour un nul. »

 

Le héros des 1 250 000 Swazis s’appelle donc Tony Tsabedze et va sur ses 31 ans. Hormis son âge, le bonhomme est considéré comme le grand frère de la troupe en raison de son ancienneté en sélection (qu’il fréquente depuis le début des années 2000) et de son expérience en tant que joueur. Avec l’attaquant Mthunzi Mkhontfo (qui évolue actuellement à l’AS Vita, en RD Congo), il représente en effet le seul élément à avoir partagé son talent à l’étranger. En Afrique du Sud plus exactement, où il a passé près d’une décennie entre 2002 et 2011 (cinq saisons au Supersport United Football Club, une aux Silver Stars, une au Maritzburg United Football Club et deux au Santos Cape Town). Le temps de rafler un championnat et une coupe.

 

Toujours pas de participation à la CAN

 

Voilà pourquoi celui qui a marqué de son empreinte l’histoire de sa nation est respecté au pays. « Nous avons des joueurs expérimentés, comme notre capitaine Tony Tsabedze, qui montre l’exemple et a inscrit deux buts importants contre la Guinée, rappelle d’ailleurs son coéquipier Mkhontfo en mars 2016 sur le site internet de la Fifa. Nous avons aussi des joueurs prometteurs qui montent, donc l’équipe possède un bon équilibre. C’est un joli mariage de sagesse et de jeunesse. » Un mariage qui, sous l’influence de son guide, permet au Swaziland de squatter le 138e rang du classement FIFA en juillet 2016 (après avoir reculé à la 176e). Et tant pis si Tsabedze ne connaîtra sans doute jamais le bonheur de se qualifier pour une grande compétition (lors des qualifications pour la CAN 2017, le Sihlangu Semnikati, qui attend toujours sa première participation dans l’épreuve, a terminé à la seconde place de sa poule). Tant pis si les derniers résultats s’avèrent décevants. Tant pis s’il ne revit pas d’autre soirée magique. Le Monsieur a au moins le mérite d’être reconnu sur la scène nationale (trois championnats de Swaziland et deux coupes glanés avec le Mbabane Swallows, où il officie désormais depuis 2011) et d’avoir contribué aux progrès de sa sélection. Parce qu’un petit territoire a toujours besoin de grandes dates pour avancer.