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Samuel Eto’o, ballon de platine

Si le nom de Samuel Eto’o revient en boucle dans la bouche des artistes, ce n’est pas parce que le disque est rayé. Depuis une décennie, l’attaquant camerounais est devenu une des références fétiches pour tout un paquet de musiciens africains et rappeurs d’origines diverses. Une récurrence que le Lion indomptable doit à la musicalité de son patronyme, mais aussi à toute la symbolique qui l’entoure.

Il suffit de combiner dix lettres, prononcer deux mots et déclamer quatre syllabes pour que le rappeur Driver et le chanteur Hopiho, nés respectivement à Sarcelles et à Douala, réagissent au quart de tour. « Samuel Eto’o, ça rime avec le mot ghetto », pose d’emblée ce dernier, qui a dédié une chanson à son « trésor national ». « La rime avec ghetto lui correspond, parce qu’il vient de Newbell, un quartier de Douala très difficile. C’est un enfant de la pauvreté, ajoute Driver, un des habitués des battles Rap Contenders et animateur sur la radio OKLM. La rime est simple, mais il y a un vrai lien. » Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls à avoir tenté cette association. Avant eux, Soprano chantait « Stop ! Mais qu’il est temps de quitter le ghetto, mais qu’il est temps d’avoir le salaire de Samuel Eto’o » dans Speed en 2010, quand Salif écrivait en 2008 dans le Ténébreux récital « précis comme un geste d’Eto’o, moi j’reste ghetto-o ».

D’ailleurs, la répétition a toute son importance. « Ce n’est pas Eto, mais bien Eto’o. Ce double -O devient un gimmick, détaille Driver. Des rimes en -O, on en a un peu fait le tour dans le rap. Citer le nom de Samuel Eto’o, c’est comme rajouter un nouveau mot en -O. » De quoi multiplier les possibilités. Ainsi, Dontcha l’a fait rimer avec « lever tôt » ; dans un clash, Kesto-G enchaîne « sur le tas », « l’État », « Eto’o », « Et toi ? » et finalement « étau » ; Booba fait une assonance entre « potos » et « Eto’o » dans Caesar Palace. Une liste à laquelle s’ajoutent les rappeurs francophones Sinik, La Fouine, REDK, Mister You, LIM ou La Caution, mais aussi les Italiens Brusco et Surfa ou les Espagnols Kranck T et La Granja, alors que Pit Baccardi l’a même fait apparaître dans son clip, Juste moi en 2009. Du beau monde pour un seul homme.

Street cred’

Cependant, ce magnétisme est dû à des raisons plus larges que la sonorité et la musicalité du nom. « Il y a son palmarès, sa façon d’être, son arrogance bien placée, développe Driver. Bien placée parce qu’il ramène des résultats derrière. C’est comme le trashtalking entre deux boxeurs en conférence de presse : celui qui perd à la fin a parlé pour rien. » Avec deux Coupe d’Afrique des nations, trois Ligue des champions, trois Liga et un Scudetto, le Camerounais aurait une armoire à trophées assez remplie pour avoir la légitimité d’envoyer des punchlines en interview, comme celle donnée à beIN Sports en 2014, où il égratigne Pep Guardiola.

« Chaque rappeur a un ego surdimensionné et aime casser les codes. Samuel Eto’o est un peu comme ça et c’est pour ça que ça plaît beaucoup à certains dans l’écriture, analyse Basdam, qui a vu un bon paquet d’artistes y faire référence lors des Rap Contenders qu’il présente. En plus, il s’investit sur d’autres sujets, que ce soit le racisme ou des conflits sur le continent africain. Sa personnalité fait qu’il fascine. » Dans le monde du football, ils sont finalement peu à avoir droit à ces honneurs, et seul Zlatan Ibrahimović semble lui faire de la concurrence sur le terrain du tempérament. « Avec sa tchatche et son attitude, Eto’o aurait pu faire de lui un excellent rappeur », assure Driver.

Plus 50 millions que 50 cents

Mais en plus de ça, Samuel Eto’o est ancré dans la musique urbaine grâce au fait qu’il soit devenu avec le temps un des symboles du continent africain et un ambassadeur du Cameroun. « On n’est pas obligés d’être d’origine camerounaise pour être touché par Samuel Eto’o. Mais quand on est camerounais, c’est juste multiplié par 100 », résume Driver. Et le caractère singulier de l’ancien Barcelonais et Intériste est un modèle pour beaucoup. « J’ai remarqué que Samuel Eto’o ne doute jamais. C’est pour ça qu’il a fait cette carrière, admire Hopiho, qui a eu la chance de côtoyer quelques années le footballeur de près. La seule fois où je l’ai vu paniquer, c’est quand nous étions dans un avion, une situation où il n’a pas le contrôle des choses. » Sa réussite lui a permis de construire sa légende, mais l’inverse est vrai aussi.

« Eto’o se sent investi d’une mission, continue Hopiho. Il a remarqué que les Africains pensent devoir se contenter d’être des gagne-petit. Mais dans sa vision à lui, Samuel Eto’o refuse d’être comme ça. Il est tout le temps en train de revendiquer, de se battre pour être reconnu à sa juste valeur. » Une idole qui ne laisse pas insensible par « son côté rebelle et révolutionnaire », sans jamais complexer ni s’excuser de quoi que ce soit. Hopiho pense justement que sa propension à exhiber sa fortune joue dans sa popularité : « Il n’a jamais eu peur de montrer ses signes extérieurs de richesse. Ce sont des choses qui parlent aux rappeurs. Je me souviens d’une vidéo où Usain Bolt regarde sa montre, Samuel l’enlève et la lui donne directement. Ce sont des petits épisodes comme ça qui ont renforcé sa légende. »

Une question de tradition

Si la stature que s’est construite Samuel Eto’o est aujourd’hui difficilement contestable, les dédicaces musicales trouveraient des racines encore bien plus profondes. « Quand tu vas en Côte d’Ivoire, il y a ce qu’on appelle l’Atalakou, explique Hopiho, bien qu’il soit camerounais ayant grandi au Kenya et vivant aujourd’hui au Canada. Quand une personnalité va en boîte et que le DJ la sait présente, ce dernier chante ses louanges. Et en général, ce VIP lui donne de l’argent pour le remercier. C’est une coutume qui est restée et s’est généralisée en Afrique. » Une tradition qui se mêle aussi à quelques superstitions. « Samuel Eto’o est un mot magique, parce que lui-même est magique, résument les membres du groupe ivoirien Koktel, qui cite le Camerounais au même titre que Didier Drogba ou Nicolas Pépé. Il a toujours sublimé le jeu de ses coéquipiers, il a toujours fait briller ses potes. En mettant Samuel Eto’o dans notre musique, on espère que celle-ci brillera pareillement. » Reste à savoir si l’amour de la musique urbaine pour Samuel Eto’o Fils est réciproque. Proche du footballeur, Hopiho croit savoir qu’il « n’est pas très rap », préférant la musique plus traditionnelle : « Ses artistes préférés sont le Camerounais Petit Pays et Koffi Olomide qui vient de République démocratique du Congo. »